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La production de café

Expresso, court, allongé, crème, cappuccino… Quelle que soit leur préférence, 80% des Français débutent leur journée avec une tasse de café. Certains consommateurs y sont plus « accros » que d’autres : l’écrivain Honoré de Balzac buvait 50 tasses de café par jour pour rester éveillé. Et la première webcam a été créée en 1991 à l’université de Cambridge, afin que les employés s’assurent que leur cafetière était pleine… pour ne pas se déplacer pour rien ! 2,5 milliards, c’est le nombre de tasses de café bues chaque jour dans le monde : le café est la deuxième boisson la plus consommée après l’eau. C’est aussi la matière première la plus vendue derrière le pétrole. Cultivé par les pays du sud, « l’or brun » est principalement consommé aux États-Unis et en Europe. Son prix est fixé par les cours de bourse de Londres et New York, alors qu’il est produit par de petits producteurs et des entreprises familiales. Comment est organisée la production de café et peut-on boire son « petit noir » sans crainte pour la planète ? C’est ce que nous allons voir.

Couleur café. Découvert en Ethiopie, c’est au Yémen que la culture du caféier, l’arbre qui produit les grains de café, a débuté au XVIème siècle. L’empire ottoman, qui dominait la Méditerranée, a rapidement adopté le précieux breuvage et maîtrisé la torréfaction du café, c’est-à-dire l’action de chauffer le grain de café vert pour le colorer en brun et dégager ainsi ses arômes. « Elkawah », la « boisson stimulante » en arabe, s’est rapidement diffusée en Europe, créant la mode de nouveaux lieux de dégustation et de sociabilisation : les cafés.

Arabica ou robusta. Les principaux producteurs de café sont le Brésil, le Vietnam, l’Indonésie, la Colombie, et l’Ethiopie. En effet, pour croître, le caféier a besoin de beaucoup de chaleur et d’humidité. Les producteurs sont donc situés près de l’équateur : on parle des pays de la « ceinture du café ». En Asie, on produit principalement des variétés de robusta, alors que les cultivateurs latino-américains privilégient les variétés d’arabica – le plus consommé au monde.

Petits producteurs. On estime à 25 millions le nombre de personnes vivant directement de la culture du caféier, essentiellement des petits producteurs, puisque 70 % des exploitations font moins de 10 hectares. Avec le séchage, le transport et la commercialisation, plus de 100 millions de personnes sont impliquées dans cette filière. Mais la juste rémunération des producteurs est rarement assurée, à l’exception des labels durables qui s’engagent à acheter le café à un prix minimum, pour garantir les ressources des agriculteurs et des conditions de travail acceptables, et à soutenir le développement économique des communautés locales.

Déforestation importée. Pour répondre à la demande mondiale, la production s’est développée à grande échelle : 10 millions de tonnes de grains sont produites chaque année, contre 4 dans les années 70. Pour cela, on a recours à une agriculture intensive qui déboise les forêts : l’importation de café en Europe détruit 14 500 hectares de forêt par an selon WWF. Début décembre 2022, l'importation de café issu de la déforestation a d’ailleurs été bannie de l’Union européenne. Qui dit productivité dit aussi engrais et pesticides pour augmenter le rendement. Pulvérisés sur la cerise du café, les pesticides sont nocifs pour la santé des agriculteurs qui le récoltent à la main, et pour l’environnement.

Un café et l’addition (environnementale)

L’empreinte carbone de ce nectar s’élève à 4,98kg de CO2 par kilo de café, dont 1,93 kg pour la production et le transport, et 3,05 kilos pour la transformation. Le café est par ailleurs un très gros consommateur d’eau : selon l’ONG WWF, une tasse de café requiert 140 litres d’eau douce. Privilégier des produits biologiques et certifiés par des labels de commerce équitable permet de réduire l’impact environnemental et social du café. Les changements d’habitude des consommateurs devraient d’ailleurs faire doubler la demande mondiale de café biologique d’ici 3 ans.

Caféiers en danger. De son côté, le caféier est affecté par le dérèglement climatique : face à la sécheresse, aux inondations et aux maladies, les caféiers sont de moins en moins robustes. 60% des espèces de café sauvage sont menacées d’extinction, dont l’arabica, le plus consommé au monde. Notre pause-café est bel et bien menacée par le réchauffement climatique.

Une dosette, what else ? Autre facteur de pollution massive, l’avènement des capsules individuelles de café, en aluminium, connu pour préserver les arômes du café. On en vend 20 milliards chaque année. A quantité de café équivalente, ces capsules représentent 10 fois plus de déchets que les paquets traditionnels. C’est fort de café ! Pour préserver la planète, il vaut mieux privilégier l’usage d’une cafetière traditionnelle avec des filtres non traités ou lavables, ou même moudre votre café pour un goût incomparable, ou recycler ses capsules.

Recycler ses capsules. En France, seule 1 capsule sur 5 est recyclée. En juin 2021, les producteurs de capsules regroupés dans l’association professionnelle ARCA ont confié à Veolia la responsabilité de relocaliser en France la valorisation des capsules en aluminium. Désormais, les capsules collectées dans les points d’apport volontaire de tout le pays (en boutique par exemple) sont déconditionnées par Veolia sur son site de Boves dans les Hauts-de-France, pour séparer le café de l’aluminium, avant d’être recyclés en nouveaux objets et en compost pour l’agriculture locale. Enfin, si vous ne lisez pas l’avenir dans le marc de café, vous pouvez l’utiliser à la maison et au jardin : c’est un excellent engrais organique, un répulsif naturel, un absorbeur d’odeurs et même un parfait allié pour le gommage du corps !




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