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La finance verte a-t-elle vraiment le pouvoir de changer les choses ?

Face au défi climatique, nos manières de consommer et d’acheter évoluent : nous regardons avec attention la composition des produits que nous consommons, leur provenance et leur mode de production, nous sommes sensibles à l’engagement des marques que nous aimons, nous nous renseignons de plus en plus sur la seconde main et le reconditionné. Bref, nous dépensons différemment. Mais l’argent qui nous sert à changer nos habitudes peut-il être plus vert ? Saviez-vous que 5 000 € déposés sur votre compte courant peuvent polluer autant qu’un aller-retour Paris-New York ? Comment ? En finançant tout simplement des activités à fortes émissions comme les énergies fossiles. Un vent de transformation profonde souffle sur la finance avec l’accélération d’un modèle tourné vers la sauvegarde de notre planète : tour d’horizon sur la finance verte.

La finance verte, qu’est-ce que c’est ?

Avec la finance responsable et la finance solidaire, la finance verte est un 3 des piliers de la finance durable, qui désigne les pratiques financières favorisant l’intérêt collectif, sur les plans environnementaux, sociaux et sociétaux. Une finance qui n’est donc plus guidée par la seule rentabilité mais aussi par la responsabilité : 

  • La finance solidaire vise à financer les projets à forte utilité sociale, et notamment les structures de l’économie sociale et solidaire. 
  • La finance responsable vise quant à elle à intégrer dans les décisions d’investissements des critères extra-financiers (aussi appelés ESG, le terme ESG a été lancé dès 2004 par l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan). Elle finance des projets qui concilient performances financière, sociale et environnementale d’entreprises fortement engagées dans une démarche de Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE).
  • La finance verte désigne l’ensemble des activités financières qui favorisent la lutte contre le dérèglement climatique et plus généralement la transformation écologique. Elle est essentielle dans le processus de décarbonation de l’économie mondiale et elle permet de financer et donc d’accélérer la transition vers une écologie durable (énergies renouvelables, efficacité énergétique, gestion des déchets et de l’eau, transports, agriculture durable…). 
    Nous sommes tous des acteurs de la finance verte : l’Etat et l’Union européenne à travers leurs politiques publiques et régulations, les banques grâce à leurs choix d’investissements, les entreprises par leur transformation écologique et leurs projets innovants, et les particuliers, de plus en plus impliqués dans la gestion de leurs finances et dont les capitaux nourrissent le système financier.

La finance verte, la mutation profonde d’un écosystème

Atteindre les objectifs de neutralité carbone fixés par l’Accord de Paris implique de faciliter les financements de projets durables, d’accélérer la transformation des secteurs polluants et l’accès aux équipements durables. La finance y est donc essentielle. 

De nombreux dispositifs permettent de réguler et de cadrer la finance verte : 

  • L’Union Européenne a mis en place un marché du carbone depuis 2005 : il vise à mesurer, contrôler et réduire les émissions des industries et des producteurs d’énergie en permettant de contrôler la qualité d’émissions autorisées et limitées. Il s’agit d’une sorte de « droit à émettre des GES (gaz à effet de serre) » via un système de quotas distribués en nombre limité par les autorités publiques, un quota équivalant à 1 tonne de CO2. Si l’industrie pollue trop, elle devra racheter des quotas à des entreprises polluant moins. Toutes ont intérêt à réduire leurs émissions, le coût étant inférieur à celui des quotas sur le marché. Et ces quotas ont vocation à diminuer dans les années à venir, dans la perspective du déploiement de la future taxe carbone aux frontières de l’Europe, pour garantir des règles de concurrence équitables.
  • L’Union Européenne déploie également deux dispositifs améliorant la transparence sur les activités exercées par les entreprises au regard de la contribution à la transformation écologique :
    Depuis 2 ans la Taxonomie Verte Européenne définit les activités les plus contributives à la transformation écologique et impose aux entreprises européennes de communiquer annuellement leur pourcentage de chiffre d’affaires et d’investissements conformes à ces critères. Le volet climat qui a été le premier déployé sera complété en 2023 par des volets sur la ressource en eau, la prévention des pollutions, l’économie circulaire et la biodiversité.
    En préparation pour une première application sur 2024, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) imposera aux entreprises opérant en Europe - y compris extra européennes - de publier annuellement une analyse de la matérialité de leur impact externe sur l’ensemble des axes environnementaux, et réciproquement des risques et opportunités pour leurs activités du fait de l’évolution des facteurs environnementaux externes, ainsi que la prise en compte de ces éléments dans ses plans d’action.
  • A l’échelle nationale, des dispositifs fiscaux sont mis en place pour inciter à améliorer la performance énergétique de l’habitat (éco-prêt à taux zéro auprès de banques conventionnées par l’Etat, crédits d’impôts) ou de notre mobilité (bonus-malus écologique, prime à la conversion...). La taxe carbone permet aussi d’imposer fortement les produits les plus polluants.
  • L’Etat crée également des repères pour identifier les investissements verts. 2 labels ont ainsi été créés :
    Greenfin, qui garantit la qualité verte des fonds d’investissement aux professionnels, excluant notamment les investissements dans les entreprises du nucléaire ou des énergies fossiles.
    Le label ISR (investissement socialement responsable) permet de flécher les financements des entreprises d’avenir en intégrant des critères ESG (respect de l’environnement, bien-être des salariés, bonne gouvernance, parité). Les particuliers peuvent choisir d’investir leur épargne dans ces placements socialement responsables via leur assurance-vie, leur PEA (plan d’épargne en actions), leur compte-titres, ou leur plan épargne retraite.

C’est dans ce cadre que les investisseurs professionnels et particuliers peuvent choisir l’impact de leurs placements, ainsi que les entreprises et projets qu’ils souhaitent financer.  

Qu’est-ce qu’un investissement vert ?

Il s’agit d’un investissement qui dirige l’argent vers une activité économique durable. Pour qu’elle soit considérée comme telle, cette dernière doit répondre à au moins 1 des 6 objectifs suivants, fixés par l’Union européenne dans le cadre du pacte vert pour l’Europe : 

  • L’atténuation du changement climatique, 
  • L’adaptation au changement climatique, 
  • L’utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et maritimes, 
  • La transition vers une économie circulaire, 
  • La prévention et le contrôle de la pollution, 
  • La protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes. 

Les entreprises ou les institutions publiques (Etat, collectivités) contribuant activement à la transition écologique émettent des obligations vertes (équivalent à un emprunt) pour trouver des investisseurs. Elles devront justifier l’utilisation « verte » de ces investissements chaque année contrairement à des obligations classiques. L’Union Européenne a décidé de créer un label pour les obligations vertes (aussi appelées “greenbonds”), afin d’éviter les risques de “greenwashing” : le projet prévoit que 85 % du montant doit être consacré à des projets alignés avec les critères exigeants de la taxonomie verte européenne.

Les fonds d’investissement ISR sont des fonds d’investissement socialement responsables qui respectent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, comme les entreprises fortement engagées dans une démarche RSE. La notation ESG (Environnement, Société et Gouvernance) est un outil de lecture pour les investisseurs : la notation évalue l’intégration des enjeux d’un acteur économique dans sa stratégie. Ils définissent la performance d’une entreprise dans les domaines de l’environnement, la société et sa gouvernance.  Des émissions carbone au respect des droits de l’homme en passant par la transparence fiscale, la note ESG est donc devenue un critère d’attractivité majeur pour les investisseurs. Issue de données détaillées, mesurables et vérifiables sur les actions des entreprises, elle n’est pas cependant standardisée : chaque agence de notation extra-financière aura donc sa propre méthodologie et interprétation. 

Finance verte et greenwashing

Être vert, c’est dans l’ère du temps. Alimentation, mode, automobile, banques et assurances… nous assistons à une escalade de promesses que nous avons envie de voir tenues : nous sommes près de 2 Français sur 3 à être prêts à accorder de l’intérêt aux placements responsables en termes socio-environnementaux.

Alors comment bien les choisir ?

Soucieux d’environnement, vous souhaitez vous assurer que les promesses de votre banque sont crédibles ? A vous de bien étudier les fonds. © Getty Images

Faites le point sur vos critères. En finance verte et durable, vous pouvez choisir des fonds d’investissement ou des entreprises directement en fonction de vos convictions. Certains seront très engagés sur la transition écologique quand d’autres le seront plus sur des questions sociales. 

Informez-vous et surtout, vérifiez : que ce soit votre banque, un conseiller en gestion de patrimoine, internet ou un ami qui s’y connaît un peu, renseignez-vous sur les produits. Si certains vous intéressent, poussez les recherches car les labels et notations manquent encore d’exigence et de transparence sur l’ensemble des critères, notamment sur les critères environnementaux : le label ISR a 4 critères de durabilité mais l’atteinte de 2 suffisent à son obtention. Certains fonds labellisés peuvent donc investir aussi dans le pétrole, le gaz, le charbon ou l’aviation. Tout comme les néobanques vertes comme Lydia vert ou OnlyOne. Elles choisissent avec précaution les entreprises qu’elles financent, mais elles restent affiliées aux grands groupes bancaires historiques.  

Et enfin, suivez les impacts de votre investissement : la rentabilité bien sûr mais aussi les rapports des entreprises investies : leurs progrès doivent être vérifiables chaque année et après tout, c’est bien pour cela que vous avez investi ! 

Vous l’aurez compris, la finance verte redéfinit les notions de rentabilité et de valeur et a un réel pouvoir d’accélération de la transition écologique. Mais cette transformation n’en est qu’à ses débuts. Le chemin pour atteindre une transparence totale, devenir une norme mondiale et construire les bons garde-fous est encore long mais, désormais, il existe ! 




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Qui a lancé le terme ESG ?

1 seule réponse possible
Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU de 1997 à 2006
Al Gore, prix Nobel de la paix 2007 et ex-candidat à la présidentielle américaine de 2000

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